Sauvegarder : la règle des trois copies, et comment vérifier qu’elle fonctionne
Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée n’est pas une sauvegarde, c’est une intention. La règle des trois copies tient en une phrase, se met en place en une heure, et c’est la seule protection qui vaille contre une panne de disque comme contre un rançongiciel.
La règle, et ce que chaque nombre protège
La règle la plus répandue chez les professionnels se résume à trois nombres : trois copies des données, sur deux supports différents, dont une hors du lieu. Chaque nombre couvre un risque précis. Trois copies protègent de la panne d’un support, qui arrive sans avertissement. Deux supports différents protègent du défaut commun, une série de disques identiques pouvant tomber au même âge. Une copie hors du lieu protège du vol, de l’incendie et du dégât des eaux, qui emportent l’original et la sauvegarde posée à côté.
Cette règle a été écrite avant les rançongiciels, et elle mérite un ajout devenu indispensable : une copie doit être hors ligne, ou du moins non modifiable par la machine sauvegardée. Un disque externe branché en permanence est chiffré en même temps que l’original, et une synchronisation vers un espace distant recopie fidèlement les fichiers chiffrés. Une copie qui se met à jour toute seule n’est pas une sauvegarde, c’est un miroir.
Ce qu’il faut sauvegarder, et ce qui ne sert à rien
L’erreur la plus courante consiste à tout sauvegarder, ce qui rend l’opération si lourde qu’elle finit par ne plus se faire. Ce qui compte est ce qui n’est pas remplaçable : documents, photographies, courriers, comptabilité, projets en cours, et les fichiers de configuration dont on ne sait pas les reconstituer. Un système et des logiciels se réinstallent, une photographie de famille non.
Deux catégories sont régulièrement oubliées, et elles causent le plus de dégâts. Les courriers électroniques, quand ils sont conservés localement par un logiciel de messagerie : le dossier de données ne se trouve pas dans les documents et échappe donc à une sauvegarde naïve. Les mots de passe ensuite : un gestionnaire de mots de passe est un fichier comme un autre, et sa perte bloque l’accès à tout le reste, y compris à la sauvegarde distante.
Le geste qui distingue une sauvegarde d’une intention
Une sauvegarde ne vaut que par sa restauration, et c’est le point sur lequel presque tout le monde se trompe. La vérification tient en un geste, à faire une fois par trimestre : prendre trois fichiers au hasard, dont un fichier volumineux, les restaurer sur une autre machine, et les ouvrir. Ouvrir, pas seulement voir apparaître dans une liste. Un fichier corrompu conserve son nom et sa taille, et une archive interrompue paraît complète jusqu’à ce qu’on l’ouvre.
Notez la date de la dernière vérification réussie, à côté de la sauvegarde elle-même. C’est la seule information qui dise si le dispositif fonctionne, et elle vaut mieux que n’importe quel voyant vert. Un rapport de sauvegarde qui annonce un succès quotidien depuis huit mois sans qu’aucune restauration n’ait été essayée ne prouve rien du tout.
Trois dispositifs simples, selon le volume
Pour quelques dizaines de gigaoctets de documents, deux disques externes utilisés en alternance, l’un chez soi et l’autre ailleurs, suffisent et coûtent peu. Le geste à tenir est le roulement : on ne rebranche jamais les deux en même temps. Pour un volume plus important ou plusieurs machines, un disque réseau permet une sauvegarde automatique, à condition d’y ajouter une copie hors ligne, sans quoi il partagera le sort de la machine en cas de rançongiciel.
Une sauvegarde distante chez un prestataire répond à l’exigence du hors-lieu sans manipulation, et son intérêt dépend d’un point à vérifier avant de souscrire : conserve-t-elle des versions antérieures, et pendant combien de temps ? Un service qui ne garde que l’état courant recopie les dégâts. Un service qui conserve trente jours de versions permet de revenir avant l’incident, ce qui est exactement ce dont on a besoin.
Le chiffrement, et le risque qu’il ajoute
Chiffrer une sauvegarde est une bonne pratique, en particulier pour un disque transporté ou déposé ailleurs. Elle déplace toutefois le risque : la clé devient aussi précieuse que les données, et une clé perdue rend la sauvegarde définitivement inutilisable, sans recours d’aucune sorte. La clé de récupération se conserve donc hors de la machine, sur papier ou dans un coffre, et jamais uniquement dans le gestionnaire de mots de passe qu’elle protège.
Le même raisonnement vaut pour le chiffrement du disque principal, activé par défaut sur beaucoup de machines récentes. Il protège efficacement en cas de vol, et il transforme une panne de carte mère en perte de données si la clé n’a pas été sauvegardée. Vérifier où se trouve cette clé, aujourd’hui, est le geste le plus utile de cette page.
Questions fréquentes
Une synchronisation vers un espace en ligne est-elle une sauvegarde ?
Non, sauf si elle conserve des versions antérieures et une corbeille sur une durée suffisante. Une synchronisation recopie fidèlement ce qui se passe, y compris une suppression et un chiffrement. Les services qui gardent un historique de versions se rapprochent d’une sauvegarde, et c’est cette fonction, plus que l’espace disponible, qu’il faut regarder.
À quelle fréquence sauvegarder ?
La question utile est : combien de travail acceptez-vous de perdre ? La réponse donne la fréquence. Pour des documents personnels, une fois par semaine est raisonnable ; pour une activité professionnelle, une fois par jour au moins, et de façon automatique, une sauvegarde qui dépend d’un geste volontaire finissant par ne plus se faire.
Combien de temps vit un disque de sauvegarde ?
Un disque externe posé sur une étagère et utilisé de temps en temps tient couramment cinq à dix ans, mais la dispersion est grande et rien n’annonce la fin. C’est précisément la raison de la règle des trois copies : on ne parie pas sur la longévité d’un support, on parie sur le fait que deux supports ne tomberont pas le même jour.